___Il se retourna. Et la regarda. Elle, souriant à tous les autres. Elle, dans sa robe magnifique. Elle, aux formes parfaites. Elle, cette femme qu'il avait vu grandir. Elle, celle à qui tout le monde voulait ressembler. Elle, au talent incontestable. Elle, à la personnalité si étrange et envoûtante. Elle, si belle. Elle, celle qu'il aimait tant. Elle, dont il savait presque tout. Presque. Il ferma les yeux, tandis que des milliers de pensées traversaient son esprit. Avait – t – elle osé lui faire ça ?
___Vingt – trois heures vingt. Evan n'avait pas remporté l'Oscar. Il était resté sur son siège, applaudissant poliment le vainqueur. Triste. Non pas parce qu'il n'avait pas gagné. C'était ce qu'avait dit ce journaliste. Il y pensait sans cesse, ses ongles s'enfonçant dans le tissu moelleux de son siège, le déchirant. Mais, pensait – il, ce que cet homme avait dit était sûrement faux. La majorité des rumeurs étaient fausses. Et comment sa Lee aurait pu ? Cela faisait trop de temps qu'ils étaient ensemble, qu'ils partageaient les blessures et les joies. Elle n'aurait pas pu...
- Les nominées pour l'Oscar de la meilleure actrice sont : Ginny Wood, dans Ballade Italienne ; Emma Gerden, Pars sans moi ; Grace Klaten dans Visage Caché ; Delilah Ellins dans Un Dernier Jour et Kate Wendt pour Prisonnière.
Il se retourna vers sa Lee. Si belle, comme toujours. Un vague sourire accroché au visage, elle attendait, caméra fixée sur elle. Comme si tout était écrit.
- Et l'Oscar de la meilleure actrice revient à...
Il la regardait. Avait – elle pu le tromper et sourire encore ? Le doute subsistait et mangeait son c½ur, telle une bête répugnante dont il n'arrivait pas à se débarrasser.
- Delilah Ellins !
___Sa Lee se leva, souriante comme jamais, puis se dirigea vers la scène. Sans un regard pour Evan. Il senti un creux se former en lui. Comme s'il savait, malgré tout. Elle l'avait fait. Il la regardait, encore et toujours. Elle, montant les marches de sa démarche assurée, se plaçant derrière le micro. Remerciant rapidement les personnes qui l'avaient aidée dans sa carrière. L'oubliant au passage. Partant, une larme factice au coin de son ½il. Elle l'avait fait. Il croyait la connaître, pourtant. Mais personne ne la connaissait réellement. Personne.
___Il se leva discrètement et s'en alla rejoindre les coulisses, où devait passer Lee avant de rejoindre son siège. Des yeux, il cherchait sa loge. Où était-elle ? Il y en avait tellement... Il la trouva, une minute plus tard. La porte était légèrement entrouverte. Mal fermée. Evan se pencha et l'observa. Elle. Delilah était assise sur un canapé noir, fixant un miroir qui se trouvait à cinq mètres de la jeune femme. Elle soupira.
- Pourquoi tu m'espionne ? demanda-t-elle, sans regarder Evan.
Ce dernier, étonné qu'elle se soit aperçut de sa présence, se redressa et franchit le seuil de sa loge.
- Je ne t'espionne pas.
- Ouais...
- Tu es contente, tu as gagné ? interrogea – t – il d'un air triste.
- Oui, très contente.
___Les semaines avaient passées. Rapides, meurtrières et brèves. Evan n'était plus que son ombre, errant chaque jour un peu plus dans son appartement, tandis que Delilah, elle, sortait tout le temps. De plus en plus, de pire en pire. Elle ne lui avait pas avoué son erreur ; il ne lui en avait pas parlé. Même s'il savait... Ils étaient devenus deux inconnus, s'ignorant chaque seconde, mais pensant sans cesse à l'autre. Ils ne s'embrassaient plus, ne se parlaient plus, ne se touchaient plus. Un contact qui leur manquait terriblement l'un à l'autre. Lui la tenait coupable ; elle n'osait plus affronter son regard. Son monde avait changé. Toujours sortie, elle parlait à des gens qu'elle ne connaissait même pas, ne voyait plus June, buvait, fumait, se droguait. Une descente aux enfers.
___Delilah était rentrée dans leur grand appartement. Tard dans la nuit. Ou peut – être tôt le matin. Elle ôta ses chaussures à talons et se faufila à pas feutrés dans le salon. De sa main droite, elle chercha l'interrupteur d'une petite lampe, posée au – dessus de la cheminée. Elle suspendit son geste et s'immobilisa.
- Evan ?
Une faible lumière éclaira alors la pièce et Delilah vit Evan. Les yeux rouges, l'air préoccupé, le regard sombre. L'homme qui se tenait en face d'elle lui semblait tellement différent d'Evan, presque inconnu.
- Pourquoi ? interrogea – t –il.
- De quoi tu parles ?
- Je m'étais dit, que, peut – être, ce qu'il m'avait dit était faux. Mais plus les jours passent, plus je m'aperçois de la réalité de la chose. Les magasines en parlaient de plus en plus, tout comme les chaînes de télévisions. Mais j'ai fermé les yeux. Et j'ai eu tord. Peut – être que ça n'est arrivé qu'une fois. Peut – être des dizaines. Je ne sais pas. Tu sors, tu m'ignores, tu vois d'autres personnes, tu changes, tu bois, tu ne me parles plus. Je n'existe plus, termina – t – il, épuisé.
Elle le regarda, perdue. Tout ce qu'il avait dit était vrai, mais elle ne savait quoi lui répondre.
- Tu vois ? Tu ne dis rien. Et quand tu ne dis rien, c'est que tu en es consciente mais que tu ne veux pas l'avouer. Je te connais par c½ur, Lee.
- Ecoutes, je ne...
- Non, toi, écoutes – moi. Je n'en peux plus de tout ça. Joues avec qui tu veux, mais pas avec moi. Sois franche, tu veux ? J'en ai marre. Quand ce mec est venu me poser des questions sur toi, le soir des récompenses, je m'étais dit que c'était faux. Aujourd'hui je pense le contraire. Alors, toi, dis – moi. Dis – moi si tu l'as fait.
- Tu parles du journaliste ?
- Oui.
- J'avais entendu...
- Et ?
- Oui.
- Oui quoi ?
- C'est vrai, affirma Delilah, tandis que ses mains se mirent à trembler légèrement.
- Je m'en doutais.
Elle ne lui répondit rien, préférant se taire et attendre sa réaction, qu'elle pressentait violente.
- Pourquoi ? Pourquoi Lee ?!
- Je ne...
- Moi je sais. Je suis trop vieux pour toi. Non, pas trop vieux. Trop faible. Car tu es la femme la plus forte que je n'ais jamais connue. J'étais plus armé que toi face à la vie, au début. Quand on s'est rencontrés. Maintenant, tu l'es dix fois plus que moi.
Il soupira, attendant sa réponse qui ne venait pas. Il se leva et s'approcha d'elle.
- Je t'aime, Lee.
- Je sais.
- Mais m'aimes-tu, toi ? Non ! Non tu ne m'aimes pas ! M'as-tu jamais aimé ? Non, je ne crois pas. Tu n'as jamais aimé personne. Et je le savais depuis longtemps, bien trop longtemps. Seulement, je me suis voilé la face. Amoureux de toi comme jamais je ne l'avais été. Amoureux d'une gamine. Amoureux d'une fille qui n'en avait rien à foutre de moi !
- Ce n'est pas vrai ! Tu m'as aidé. Tellement aidé Evan... Tu es arrivé au moment où j'en avais le plus besoin...
- Tu m'étonne ! T'avais le feu au cul ma parole !
- Connard.
Elle l'avait dit. Ce mot, cette insulte qui mourrait d'envie de sortir de sa bouche depuis des années.
- Tu es tombé au bon moment, mais crois-moi, j'aurais préféré tomber sur quelqu'un d'autre ! Sur quelqu'un qui ne m'aurait pas répété à longueur de journées que j'étais une petite pute et que j'avais besoin qu'on me remette dans le droit chemin !
- Tu te souviens de tous ces mecs avec qui tu baisais au début ?
- Oui, oui !
- Pourquoi tu étais comme ça ? Pourquoi tu redeviens comme ça, Lee ? Dis – moi...
- Comme quoi, une salope ? Je suis redevenue cette salope d'avant, c'est ça ? Tu dis ça parce que je suis allé en voir un autre, simplement parce que tu m'étouffais, parce que tu ne me respectais plus ?
- Tu...
- Je ne t'aime plus.
- Tu ne m'as jamais aimé.
- Si.
___Sur cette dernière parole, elle sorti de la pièce. Marchant de plus en plus vite, elle passa le seuil de la porte et dévala les escaliers. Pieds nus. Une issue, une échappatoire. Des larmes commençaient à couler le long de ses joues et elle ne distinguait plus les marches, floues. Arrivée dehors, l'air doux de la nuit la calma. Elle marcha plus d'une heure, errant dans les rues sombres. Seule.
___Plus seule que jamais.
______________________________Désillusion .
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