- Chapitre 4 -. U - Turn - AaRON

- Chapitre 4 -.        U - Turn - AaRON
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___Il se retourna. Et la regarda. Elle, souriant à tous les autres. Elle, dans sa robe magnifique. Elle, aux formes parfaites. Elle, cette femme qu'il avait vu grandir. Elle, celle à qui tout le monde voulait ressembler. Elle, au talent incontestable. Elle, à la personnalité si étrange et envoûtante. Elle, si belle. Elle, celle qu'il aimait tant. Elle, dont il savait presque tout. Presque. Il ferma les yeux, tandis que des milliers de pensées traversaient son esprit. Avait – t – elle osé lui faire ça ?
___Vingt – trois heures vingt. Evan n'avait pas remporté l'Oscar. Il était resté sur son siège, applaudissant poliment le vainqueur. Triste. Non pas parce qu'il n'avait pas gagné. C'était ce qu'avait dit ce journaliste. Il y pensait sans cesse, ses ongles s'enfonçant dans le tissu moelleux de son siège, le déchirant. Mais, pensait – il, ce que cet homme avait dit était sûrement faux. La majorité des rumeurs étaient fausses. Et comment sa Lee aurait pu ? Cela faisait trop de temps qu'ils étaient ensemble, qu'ils partageaient les blessures et les joies. Elle n'aurait pas pu...

- Les nominées pour l'Oscar de la meilleure actrice sont : Ginny Wood, dans Ballade Italienne ; Emma Gerden, Pars sans moi ; Grace Klaten dans Visage Caché ; Delilah Ellins dans Un Dernier Jour et Kate Wendt pour Prisonnière.

Il se retourna vers sa Lee. Si belle, comme toujours. Un vague sourire accroché au visage, elle attendait, caméra fixée sur elle. Comme si tout était écrit.

- Et l'Oscar de la meilleure actrice revient à...

Il la regardait. Avait – elle pu le tromper et sourire encore ? Le doute subsistait et mangeait son c½ur, telle une bête répugnante dont il n'arrivait pas à se débarrasser.

- Delilah Ellins !

___Sa Lee se leva, souriante comme jamais, puis se dirigea vers la scène. Sans un regard pour Evan. Il senti un creux se former en lui. Comme s'il savait, malgré tout. Elle l'avait fait. Il la regardait, encore et toujours. Elle, montant les marches de sa démarche assurée, se plaçant derrière le micro. Remerciant rapidement les personnes qui l'avaient aidée dans sa carrière. L'oubliant au passage. Partant, une larme factice au coin de son ½il. Elle l'avait fait. Il croyait la connaître, pourtant. Mais personne ne la connaissait réellement. Personne.
___Il se leva discrètement et s'en alla rejoindre les coulisses, où devait passer Lee avant de rejoindre son siège. Des yeux, il cherchait sa loge. Où était-elle ? Il y en avait tellement... Il la trouva, une minute plus tard. La porte était légèrement entrouverte. Mal fermée. Evan se pencha et l'observa. Elle. Delilah était assise sur un canapé noir, fixant un miroir qui se trouvait à cinq mètres de la jeune femme. Elle soupira.

- Pourquoi tu m'espionne ? demanda-t-elle, sans regarder Evan.

Ce dernier, étonné qu'elle se soit aperçut de sa présence, se redressa et franchit le seuil de sa loge.

- Je ne t'espionne pas.
- Ouais...
- Tu es contente, tu as gagné ? interrogea – t – il d'un air triste.
- Oui, très contente.

___Les semaines avaient passées. Rapides, meurtrières et brèves. Evan n'était plus que son ombre, errant chaque jour un peu plus dans son appartement, tandis que Delilah, elle, sortait tout le temps. De plus en plus, de pire en pire. Elle ne lui avait pas avoué son erreur ; il ne lui en avait pas parlé. Même s'il savait... Ils étaient devenus deux inconnus, s'ignorant chaque seconde, mais pensant sans cesse à l'autre. Ils ne s'embrassaient plus, ne se parlaient plus, ne se touchaient plus. Un contact qui leur manquait terriblement l'un à l'autre. Lui la tenait coupable ; elle n'osait plus affronter son regard. Son monde avait changé. Toujours sortie, elle parlait à des gens qu'elle ne connaissait même pas, ne voyait plus June, buvait, fumait, se droguait. Une descente aux enfers.
___Delilah était rentrée dans leur grand appartement. Tard dans la nuit. Ou peut – être tôt le matin. Elle ôta ses chaussures à talons et se faufila à pas feutrés dans le salon. De sa main droite, elle chercha l'interrupteur d'une petite lampe, posée au – dessus de la cheminée. Elle suspendit son geste et s'immobilisa.

- Evan ?

Une faible lumière éclaira alors la pièce et Delilah vit Evan. Les yeux rouges, l'air préoccupé, le regard sombre. L'homme qui se tenait en face d'elle lui semblait tellement différent d'Evan, presque inconnu.

- Pourquoi ? interrogea – t –il.
- De quoi tu parles ?
- Je m'étais dit, que, peut – être, ce qu'il m'avait dit était faux. Mais plus les jours passent, plus je m'aperçois de la réalité de la chose. Les magasines en parlaient de plus en plus, tout comme les chaînes de télévisions. Mais j'ai fermé les yeux. Et j'ai eu tord. Peut – être que ça n'est arrivé qu'une fois. Peut – être des dizaines. Je ne sais pas. Tu sors, tu m'ignores, tu vois d'autres personnes, tu changes, tu bois, tu ne me parles plus. Je n'existe plus, termina – t – il, épuisé.

Elle le regarda, perdue. Tout ce qu'il avait dit était vrai, mais elle ne savait quoi lui répondre.

- Tu vois ? Tu ne dis rien. Et quand tu ne dis rien, c'est que tu en es consciente mais que tu ne veux pas l'avouer. Je te connais par c½ur, Lee.
- Ecoutes, je ne...
- Non, toi, écoutes – moi. Je n'en peux plus de tout ça. Joues avec qui tu veux, mais pas avec moi. Sois franche, tu veux ? J'en ai marre. Quand ce mec est venu me poser des questions sur toi, le soir des récompenses, je m'étais dit que c'était faux. Aujourd'hui je pense le contraire. Alors, toi, dis – moi. Dis – moi si tu l'as fait.
- Tu parles du journaliste ?
- Oui.
- J'avais entendu...
- Et ?
- Oui.
- Oui quoi ?
- C'est vrai, affirma Delilah, tandis que ses mains se mirent à trembler légèrement.
- Je m'en doutais.

Elle ne lui répondit rien, préférant se taire et attendre sa réaction, qu'elle pressentait violente.

- Pourquoi ? Pourquoi Lee ?!
- Je ne...
- Moi je sais. Je suis trop vieux pour toi. Non, pas trop vieux. Trop faible. Car tu es la femme la plus forte que je n'ais jamais connue. J'étais plus armé que toi face à la vie, au début. Quand on s'est rencontrés. Maintenant, tu l'es dix fois plus que moi.

Il soupira, attendant sa réponse qui ne venait pas. Il se leva et s'approcha d'elle.

- Je t'aime, Lee.
- Je sais.
- Mais m'aimes-tu, toi ? Non ! Non tu ne m'aimes pas ! M'as-tu jamais aimé ? Non, je ne crois pas. Tu n'as jamais aimé personne. Et je le savais depuis longtemps, bien trop longtemps. Seulement, je me suis voilé la face. Amoureux de toi comme jamais je ne l'avais été. Amoureux d'une gamine. Amoureux d'une fille qui n'en avait rien à foutre de moi !
- Ce n'est pas vrai ! Tu m'as aidé. Tellement aidé Evan... Tu es arrivé au moment où j'en avais le plus besoin...
- Tu m'étonne ! T'avais le feu au cul ma parole !
- Connard.

Elle l'avait dit. Ce mot, cette insulte qui mourrait d'envie de sortir de sa bouche depuis des années.

- Tu es tombé au bon moment, mais crois-moi, j'aurais préféré tomber sur quelqu'un d'autre ! Sur quelqu'un qui ne m'aurait pas répété à longueur de journées que j'étais une petite pute et que j'avais besoin qu'on me remette dans le droit chemin !
- Tu te souviens de tous ces mecs avec qui tu baisais au début ?
- Oui, oui !
- Pourquoi tu étais comme ça ? Pourquoi tu redeviens comme ça, Lee ? Dis – moi...
- Comme quoi, une salope ? Je suis redevenue cette salope d'avant, c'est ça ? Tu dis ça parce que je suis allé en voir un autre, simplement parce que tu m'étouffais, parce que tu ne me respectais plus ?
- Tu...
- Je ne t'aime plus.
- Tu ne m'as jamais aimé.
- Si.

___Sur cette dernière parole, elle sorti de la pièce. Marchant de plus en plus vite, elle passa le seuil de la porte et dévala les escaliers. Pieds nus. Une issue, une échappatoire. Des larmes commençaient à couler le long de ses joues et elle ne distinguait plus les marches, floues. Arrivée dehors, l'air doux de la nuit la calma. Elle marcha plus d'une heure, errant dans les rues sombres. Seule.
___Plus seule que jamais.



______________________________Désillusion .






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# Posté le vendredi 08 février 2008 16:57

Modifié le samedi 04 juillet 2009 09:14

- Chapitre 5 -. Jeunesse Lève-Toi - Saez

- Chapitre 5 -.        Jeunesse Lève-Toi - Saez
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___Un éclat de rire. Encore un, sonnant toujours plus faux dans cette bouche aux contours parfaits, au goût aigre des mensonges. Un éclat de rire comme une lame dans cette ambiance lourde de silence. Un silence plein de rêves, d'hallucinations s'échappant des esprits entassés d'hommes et de femmes, allongés les uns sur les autres dans une pièce assez petite, où des langues de fumées défendues venaient lécher leurs corps, passant peu à peu le seuil de leurs lèvres, entrant dans leurs poumons, et les dévastant encore d'un souffle. Cet éclat de rire, noyé dans un mutisme fantasmagorique. Son éclat de rire, mélangé à une sensation oppressante et froide. Elle se sentait poussée doucement de la droite vers la gauche, comme par une vague glaciale. Le vent soulever tendrement ses cheveux. Comme une caresse. Puis un gouffre sans fin. Une chute inattendue. Et le sol dur, brisant chaque parcelle de son corps. Le choc. Elle entendait les sons stridents, les craquements de ses os. Ils sonnaient atrocement dans ses oreilles, mélangés à d'autres bruits. Des halètements, des gémissements, des cris. Elle respirait lentement et fort. Comme si l'air présent ne lui suffisait plus. Comme si ces respirations étaient sa seule chance de survivre. Respirer, encore et encore, de plus en plus fort. Aspirer le plus d'oxygène possible, vider la planète de son atmosphère, et le sentir s'engouffrer dans ses poumons, remplir le moindre espace vide. Et puis le cracher loin. Assécher sa poitrine de cet air à présent intoxiqué. Respirer encore. Plus fort. Expirer une nouvelle fois. Plus loin. Elle se sentait mourir peu à peu, mais continuait de respirer. Encore. Son rire s'était envolé, laissant place à un visage parfaitement neutre. Comme mort.
___Soudain, elle se sentie emportée vers le ciel. Légère. Portée par deux nuages en formes d'aiguilles. Elle avait mal. Une lumière blanche, qui brûla ses yeux sombres. La lune. Et puis le vide.

- Oui Nathan, j'ai vu. Les salauds.

___Delilah entrouvrit un ½il, puis l'autre. Un mal de tête atroce.

- Ils ont pas attendus, continua la voix féminine. Hum, ouais, elle dort toujours. La pauvre. Elle ne me dit plus rien depuis quelques temps. Elle me cache tout. A toi aussi elle ne t'a rien dit ? Ouais ça m'étonne pas.

Elle ne distinguait rien. Tout était flou. Juste de la lumière. Celle du matin.

- Je savais que ça n'allait plus trop bien avec Evan, mais pas à ce point. C'est lui qui me l'a dit hier. Nan, il m'a pas donné plus de détails. J'aime pas la voir comme ça... Ouais, t'as raison. Ok, à demain peut-être. Bye, termina June.

___Delilah entendit le son d'une chaise poussée, et des pas qui se rapprochaient. Elle referma ses paupières, et sentit la présence de son amie près d'elle. Sûrement en train de la regarder. Puis les pas s'éloignèrent à nouveau, vers l'étage inférieur. Elle ouvrit encore ses yeux. Entièrement cette fois. Elle connaissait bien cette pièce. Cette mezzanine au dessus du salon. La chambre de June. Delilah était allongée au centre de la pièce, sur un épais matelas installé à même le sol. Son amie adorait cette façon de dormir, si près de la terre. Aux murs parmes, des tas de photographies. Toutes plus belles les unes que les autres. La plupart étaient en noir et blanc. Beaucoup étaient des portraits. Il y avait quelques paysages et des animaux. Sur la table de nuit traînaient plusieurs livres aux pages cornées. Une abondante lumière qui provenait des immenses fenêtres du salon éclairait la pièce, dévorant les yeux de Delilah. Elle se releva doucement. Sa tête lui faisait mal et son corps n'était vêtu que d'un large tee-shirt bleu. Pourquoi se trouvait-elle ici ? Elle ne se souvenait pas, n'y comprenait rien. Ses vêtements étaient posés à côté du matelas. Elle les saisit et se changea, avant de descendre au salon. Mais June n'y était plus. Il n'y avait qu'un mot, accroché sur le frigo. « Je suis sortie acheter deux-trois trucs. Je reviens vers quatre heures. Ne pars pas, s'il-te-plaît. Attends-moi. » Elle posa le papier sur le bar qui séparait la cuisine du salon, et se prépara un café. Attendant.
Quarante minutes plus tard, elle entendit le bruit familier de clés glissées dans une serrure. Elle ne bougea pas, jusqu'à ce que son amie vienne à ses côtés et que Delilah lui murmure un « salut » endormi.

- Tu vas bien ?
- Mal à la tête. Et toi ?
- Ca va, répondit June, marquant une pause.
- Pourquoi je suis ici ?
- Evidemment, tu ne t'en souviens pas...
- Non. Dis-moi.
- Hier soir, tu es allée chez Seth...
- Hum..., acquiesça la brune.
- Et tu as recommencé. Il t'a encore filé ses merdes.
- Je m'en doute.
- Nathan a appelé un pote qui s'y trouvait... Et il a entendu ton rire. Alors il m'a prévenue, et on est allés te chercher. Complètement défoncée.

Elle soupira, puis reprit :

- Evan m'a dit.
- Je sais. Je t'ai entendue parler à Nathan au téléphone toute à l'heure.
- Pourquoi tu ne m'a rien dit ?
- Pas vraiment envie, besoin d'être seule. Et ces salauds dont tu parlais, c'est qui ?
- Je dois te montrer quelque chose. Je vais le chercher, reste là.

Elle fouilla dans un des sacs qu'elle avait rammenés, et en tira une revue qu'elle donna à Delilah. En première page, il y avait une photo de June et Nathan, la transportant dans la nuit. En gros titre : « Delilah Ellins : Que lui arrive-t-il ? ».

- Quels cons, lâcha-t-elle.
- Ouais. Tu vas les attaquer ?
- En justice ? Non, ce n'apporterait que de l'importance de ma part à leurs débilités. Je vais juste tout démentir et laisser passer. Ca marche à chaque fois.
- Oui, je me souviens, quand ils avaient découvert pour tous les... garçons d'avant.

Elle acquiesça d'un signe de tête puis lui demanda si elle n'avait pas un médicament pour son mal de tête. June lui en apporta un deux minutes plus tard, avec un verre d'eau, dans lequel elle ajouta de la poudre de cannelle.

- Merci.
- Tu sais, je ne connais personne qui boit de l'eau à la cannelle. Tu es bien la seule.

Delilah eu un maigre sourire avant d'avaler le comprimé blanc.

- Comment tu fais avec Evan alors, maintenant ?
- Je dors à l'hôtel en attendant de trouver un appartement. Mattew a dit qu'il en avait repéré un pour moi. Je dois le visiter après-demain.
- Alors c'est vraiment fini ?
- Peut-être, lâcha-t-elle, avant de mettre son verre vide dans l'évier.
- Ca fait combien de temps que tu as recommencé la drogue ?
- Quelques mois.
- Arrêtes, tu sais très bien dans quelle merde tu te fous, lui dit June d'un air las et inquiet.
- Ouais, je le sais. Peut-être que j'aime être dans cette merde, comme tu dis. Peut-être que c'est dans cette merde que je me sens le mieux. Peut-être que je suis faite pour cette merde et que je la mérite.
- Tu dis n'importe quoi. Tu ne la mérites pas.
- Qu'est-ce que tu en sais ?
- Je...
- Tu n'en sais rien.
- Mais tu ne me dis rien !

Delilah se leva, enfila ses chaussures et ouvrit la porte.

- Non, reste là, s'il-te-plaît.
- Pourquoi ? Pour m'engueuler avec toi ? Je ne veux pas.

___La rousse ne répondit rien et regarda son amie franchir le seuil de la porte et s'en aller. Non, c'est vrai, elle ne lui avait jamais parlé de son passé. Elle connaissait très bien Delilah, mais elle ne savait rien de ce qu'il avait pu lui arriver avant leur rencontre, quand elle avait seize ans, et Delilah treize. Elle connaissait à peine ses parents, et ne savait pas pourquoi elle ne leur parlait plus. Elle ne savait même pas où elle habitait avant. Dans la même ville ? Dans un autre pays ?
Non, elle ne savait rien.




______________________________Duplicité .






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# Posté le vendredi 09 mai 2008 03:31

Modifié le samedi 04 juillet 2009 09:23

- Chapitre 6 -. Little Love - AaRON

- Chapitre 6 -.        Little Love - AaRON
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___Delilah marchait dehors, seule. La nuit avait enveloppé la ville, l'avait enfermé dans un bloc noir. Mais la ville résistait à cette ombre, projetant ses lumières loin dans le ciel sombre dont on ne distinguait plus les étoiles. Elle ne voulait plus penser à rien. Seulement à marcher, encore et toujours. Ne plus penser à June, à ces fêtes qui n'avaient aucun sens, au passé, à l'avenir et à Evan. Surtout à Evan. Elle s'en voulait, plus que tout. Il l'aimait tellement, et avait fait tant pour elle. Seulement pour elle. Peut-être en avait-il trop fait. Pourquoi ne l'aimait-t-elle plus comme avant ? Elle aurait aimé l'aimer. Encore un peu. Ne pas le laisser seul, ne pas l'abandonner, ne pas lui faire de mal. Il était l'une des rares personnes à qui Delilah tenait vraiment. Avec June. Les autres, elle s'en foutait. Il lui manquait beaucoup. Mais elle en était sûre, elle lui manquait infiniment plus. Elle voulait le voir fort, le voir souriant, le voir heureux. Sans elle. Elle voulait qu'il aille mieux, qu'il rencontre quelqu'un d'autre. Elle voulait entendre sa voix, encore un peu. Delilah saisit son téléphone dans sa poche droite, et composa son numéro. Elle colla l'appareil contre son oreille, fort, très fort. Et attendit. La voix d'Evan résonna soudain :

- Lee ?
- ...
- Réponds, s'il te plaît.
- Je ne voulais pas. Désolée.

Il soupira.

- Tu me manques, Lee.

Elle raccrocha quelques secondes plus tard, troublée. Puis elle éteignit son portable avant de le ranger. Oh oui, à elle aussi, il lui manquait.
___Elle continua de marcher dans l'obscurité, longtemps, jusqu'à arriver sur ce pont, loin de la ville, loin des autres, loin de cette fourmilière grouillante. Ce pont, qui chevauchait un fleuve sans fin, aux flots dansants continuellement. Ce pont, qu'elle connaissait bien. Delilah se plaça au centre de la passerelle, les bras appuyés sur le bord de la retenue en pierre, regardant sans regarder les fines vagues s'agiter sous ses pieds. La ville, derrière elle, au loin, éclairait confusément le pont et ses environs d'un éclat de lueur dorée. Elle se sentait un peu mieux, ici, à cet instant. Elle ne savait pourquoi. Elle chercha désespérément le pourquoi du comment. Mais rien. Jusqu'à ce qu'une brise légère vienne effleurer son corps et lui chatouiller les narines. Alors une odeur douce monta en elle, se répandit brusquement, la remplit d'une sensation incroyable, unique. Elle se sentit légère, joyeuse, euphorique. Puis l'odeur s'évapora inopinément, sans qu'elle ne puisse rien y faire. Elle se sentait tout à coup idiote, voulant à tout prix que ce parfum revienne à elle, vite. Delilah ne bougea pas. Elle resta au milieu du pont, attendant. Elle connaissait cette odeur. Elle était ancrée en elle, elle était là, comme un souvenir heureux, tapis sous sa vie d'après. Mais d'où venait-elle ? C'était une sensation intense, un parfum extraordinaire. Tout s'y mélangeait. Le soir, un sourire, une main, l'herbe tendre, une petite robe, l'été, ses deux prunelles, des jeux, la nuit, les étoiles, le bien-être, de la douceur, de l'enivrement, de la joie, de la paix, de la prospérité. Du bonheur sans limite. Elle ne saurait dire ce que c'était. Mais c'était là, en elle. Elle essaya de se rappeler ce sentiment qui l'avait envahit quelques secondes avant. Impossible. C'était extraordinaire, génial. Mais il lui était impossible de retrouver la sensation exacte qu'elle avait éprouvée. Et ce parfum... Enivrant, incroyable. Mais elle se heurta au même problème, ne pouvant retrouver l'odeur à l'origine de ce sentiment. Delilah le sentait, il était là, autour d'elle, en elle. La jeune femme voulait retrouver cette extase qu'elle avait ressentie et qui avait disparue si vite. Elle attendit. A peine une minute plus tard, ce parfum l'envahit à nouveau. Elle s'en empara, le sentit à plein poumon, respirant cette bouffée de bonheur. Mais encore une fois, il s'évanouit quelques instants après. Une douce mélancolie naquit alors en Delilah. Il l'avait laissée heureuse, infiniment heureuse, mais en même temps emplie d'une immense tristesse. Elle voulait mettre des mots, des images sur cette odeur, savoir pourquoi elle lui procurait tant de sentiments. Une troisième fois, cette odeur s'approcha d'elle. Delilah ne prit pas la peine de la savourer cette fois-ci. Elle chercha, loin, très loin. Elle tut chaque son autour d'elle, ne bougea plus, ferma les yeux. Elle laissa son esprit vagabonder au plus profond de sa mémoire. Elle n'avait pas beaucoup de souvenirs pourtant. Et elle ne les rappelait jamais. Mais ce parfum était tellement merveilleux. Elle se laissa emporter dans une vague d'images plus ou moins floues. Puis le souvenir lui apparu, comme une évidence. Une nuit d'été, dans le petit sentier, près de la maison. Allongés dans l'herbe verte. Il lui sourit, d'un sourire apaisant, calme. Elle est heureuse. Il lui tend la main, l'enlace. Il se lève, puis la porte, la fait tourner. Ils rient aux éclats. Ils sont heureux. Euphoriques. Ils tombent et rient encore. Elle le regarde et son sourire disparaît.

« - Je ne veux pas te quitter.
- Je ne suis pas encore parti. Tu sais, on a encore quelques années avant d'y penser.
- Je n'y arriverai pas sans toi.
- Ne t'en fais pas, la vie est simple. »

Ils se regardent et se sourient une énième fois.
___Delilah s'assit lentement contre la retenue du pont. Son sourire s'estompa peu à peu, laissant place à un visage neutre et dénudé d'émotion. Le silence l'enveloppait lentement dans un monde rempli de tristesse. Ses yeux se mirent à briller, les larmes à couler le long de ses joues, calmes. Elles coulaient, simplement. Ses traits fins se crispèrent de plus en plus au fur et à mesure que les gouttes salées se faisaient de plus en plus rapides. Sa voix trembla, lointaine, avant de devenir un cri, qui se brisa en mille autres, mariés à ses pleurs. C'était une souffrance indéfinissable qui se lisait sur son visage, dans ses larmes, qui s'entendait dans ses pleurs, dans ses cris.
___Pour la première fois depuis des années, elle s'était souvenue.


______________________________Cicatrice .







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# Posté le dimanche 25 mai 2008 10:06

Modifié le samedi 04 juillet 2009 09:31

Et voilà.






Je vous dois des excuses, vraiment. Pour une quantité de choses.
D'abord, parce que je ne vous ai pas posté de chapitre depuis des siècles. Et puis j'ai laissé le ' retour le 20 Août ', et je n'ai rien foutu depuis.
Mais surtout, surtout, surtout, je m'excuse parce que je crois que ma fiction va s'arrêter là. Je vais peut-être écrire des chapitres en fonction du temps que j'aurai, mais pendant les vacances, j'irai là-bas, en Italie. Mon autre chez moi. Certaines savent pourquoi.
Je me rends compte que le lycée me demande de plus en plus de travail, donc le soir, c'est pas possible pour moi. Après, le week-end, j'ai l'équitation, la guitare, encore des devoirs et puis mes amis à voir.

Je suis vraiment, vraiment, vraiment désolée.
Je mettrai sûrement des OS de temps en temps. J'espère qu'elles vont plairont autant que cette fiction. Pour ceux que ça intéressent, j'enverrai un mail depuis cette adresse : HeyDelilah@hotmail.fr


Encore une fois, je suis désolée. Mais vous l'aviez sûrement senti.

A bientôt, j'espère.



Je continue.
:)

# Posté le dimanche 27 juillet 2008 09:15

Modifié le jeudi 02 juillet 2009 13:23